WWoof WWoof

Ce blog relate mes différentes expériences de wwoofing en France et à l'étranger.

Le WWOOFing consiste à travailler bénévolement (une trentaine d'heures par semaine) dans une exploitation agricole en échange du gîte et du couvert.

jeudi 28 juillet 2016

Un wwoof avec les brebis en Cévennes


Le trajet de la gare (Alès) à la ferme (Saint-André de Valborgne) est toujours un moment de discussion où chacun se raconte. Jean-Marc et Laurie ont quitté leur Lorraine natale et leurs emplois respectifs (comptable et fleuriste) pour venir se mettre au vert dans les Cévennes il y a 17 ans maintenant. Ils y ont rejoint la sœur de Laurie qui, avec son mari, était éleveuse de brebis. Nos lorrains ont désormais repris seuls l’exploitation qu’ils mènent en bio. Ils élèvent quatre-vingt brebis dont le lait est transformé, pendant dix mois de l’année, en différents fromages (tomes, buches, palets) sans oublier brousses, faisselles et yaourts. Leurs agneaux sont transformés en terrines et plats cuisinés (merguez, couscous, cassoulet, tripes, chili, …) après avoir gardé 20 femelles de renouvellement. Ces produits sont commercialisés sur trois marchés (mardi, samedi et dimanche) des environs, dans une (superbe) boutique de producteurs et chez des revendeurs bio. Je vais partager ma semaine avec également leur fille Marie et une autre wwoofeuse, Mathilde, qui est arrivée depuis quelques jours sans oublier leurs sept chats.

Vendredi C’est parti pour la traite du matin, une première pour moi. Les brebis rentrent 20 par 20 dans la salle de traite. Jean-Marc me montre les différents gestes et puis … ben faut y aller : essuyer les pis des brebis, leur installer la trayeuse, tirer sur la mamelle pour bien finir de faire couler le lait. On relâche tout ce beau monde dans la bergerie et vingt nouvelles brebis prennent leur place. En été les moutons sont gardés dans l’étable en journée et sortis à la fraîche pour la nuit. On donne à manger aux agnelles et aux agneaux.

Direction la fromagerie où Laurie a déjà commencé à fabriquer des palets (fermentation lactique). Coiffés d’une charlotte et protégés par un tablier de fromager nous allons essuyer (avec un linge trempé dans de l’eau salée) les « croutes lavées » et retourner tous les fromages qui sont en affinage dans la cave. Après une petite infusion, Jean-Marc nous réquisitionne, il a demandé un coup de mains aux voisins avec qui nous allons ranger correctement dans la grange des bottes de la dernière fenaison. L’opération est rapidement menée dans la bonne humeur et on termine la matinée par un verre de jus de pommes maison.

Samedi et dimanche Durant ces deux jours Je vais accompagner successivement Laurie et Jean-Marc aux marchés du matin de St Jean du Gard et de Sainte-Croix Vallée Française. Même si j’ai déjà une petite expérience des marchés il faut très vite intégrer le modus operandi : l’installation (stand, disposition des produits), le fonctionnement (prix, balance, emballage), les us et coutumes. Aux dires de mes hôtes, je suis un bon vendeur… mais un piètre emballeur ! C’est vrai que J’adore jouer à la marchande et que j’apprécie ces moments de rencontres avec les clients qui achètent un produit que je sais de qualité et plein de sens, sans parler des relations avec les autres producteurs qui sont toujours cordiales et solidaires.

Lundi Après la traite dont les gestes me deviennent plus aisés, je vais donner un coup de mains à Laurie à la fromagerie : salage des fromages, fabrication de faisselles (à partir de lait caillé = lait + petit lait + présure), retournement des fromages, préparation des yaourts (lait chauffé + ferment). J’étiquetterai également quelques centaines de terrines d’agneau et j’irai cueillir de l’origan avec Mathilde. Dans l’après-midi nous remplirons les pots de yaourts avec Marie avant de les mettre dans l’étuve. Ce soir je propose de faire la cuisine et mijote une ratatouille qui ravit mes hôtes.

Mardi Ce sont les filles qui sont de marché aujourd’hui à St Jean du Gard, je reste avec Jean-Marc pour la traite. Après cela je file à la fromagerie pour une matinée bien remplie : fabrication des palets de brebis moulés à la louche (à partir de lait caillé) puis retournement de tous les fromages de la cave et essuyage des «croutes lavées» avec un tissu imprégné d’eau salée. Le soir je propose de pailler l’un des potagers de la maison et de refaire la cuisine avec, cette fois, mes fameuses tagliatelles carottes-courgettes au miel.

Mercredi La traite c’est presque de la routine maintenant, je vais ramener les béliers dans leur parc respectif en faisant attention de ne pas leur tourner le dos ;-) et commence ma matinée de Maître-Fromager avec Laurie. Après avoir à nouveau fabriqué des palets nous mettons à chauffer au bain-marie une centaine de litres de lait à 31 °C en y rajoutant de la présure et un peu de petit lait. Le lait va devenir solide (caillé) que nous allons émietter avec un couteau à caillé puis à la main. Cette tome fraîche est ensuite incorporée dans différents moules qui seront pour certains pressés. Le petit lait qui reste de la fabrication de la tome sera mis à chauffer et va floculer, c’est cette « flocule » qui sera mise en pot et essorée : la brousse, une bonne manière de recycler un effluent en un produit noble.

Jeudi Une dernière traite et un salage de fromages pour la route et voilà c’est déjà fini, je quitte avec regret la « Vallée borgne ». Laurie et Jean-Marc ont la gentillesse de me reconduire à la Gare d’Alès pour reprendre un train vers la capitale.

Vous aurez peut-être remarqué que le programme de l’après-midi a parfois été … léger ;-) Même si j’ai pu effectuer différents petits travaux complémentaires comme réparer la balançoire suspendue à un arbre du jardin, pailler les plants de tomate et ramasser des pommes de terre, il fait chaud l’après-midi et Jean-Marc et Laurie sont des adeptes de la sieste, ce qui me va bien.

Durant cette semaine de wwoofing à Auzillargues J’ai, à nouveau, rencontré des gens formidables qui savent accueillir, transmettre, partager et vivre simplement... et tout simplement vivre.

jeudi 21 juillet 2016

Wwoofing à la Miellerie du Grand Lubéron


C’est à la gare de Pertuis que Florence vient m’accueillir le 14 juillet au soir. Direction Cucuron. En chemin elle me raconte comment elle est venue à l’apiculture. En fait c’est l’inverse, c’est l’apiculture qui est venue à elle… à l’âge de 23 ans : un essaim s’est posé dans son jardin et voir un apiculteur venir cueillir cet essaim lui a donné envie d’en faire un hobby puis à partir de 1999 un métier. Elle et son compagnon Thierry ont passé un BPREA apiculture à Hyères avant de quitter leur emploi respectif et de se lancer dans l’aventure professionnelle. Ils ont désormais prés de 400 ruches et produisent en bio différents miels : lavande, garrigue dans des ruchers installés dans la région ainsi que châtaignier et acacia dans des ruchers implantés en Isére, dans l’Ain et la Drôme, ce qui leur demande de faire des transhumances … L’hiver leur laisse plus de temps pour transformer également une partie de leur miel en pain d’épices, nougat, florentin et sirop de thym au miel. Leur production est vendue pour partie chez des revendeurs, sur différents marchés et en vente directe. Les clients peuvent même acheter du miel en leur absence grâce à un distributeur automatique installé à l’entrée de leur miellerie. Après le tour du propriétaire et avoir rencontré toute la famille, on dîne et le mistral qui souffle finit de m’assommer pour une bonne nuit roborative dans le mobil home qui sera mon logement pour la semaine.

Vendredi Mais ce n’est pas avec Florence et Thierry que je passerai ma première journée de ce wwoofing. En effet, ces derniers doivent ramener des ruches de l’Ain et leur camion ne disposant que de deux places je ne peux participer à cette transhumance. Je n’y perds pas au change car je vais passer une journée chez un de leur collègue apiculteur, Jean-Luc, en compagnie de Marie qui est alternativement en stage chez lui et chez Florence et Thierry. C’est donc Marie qui m’emmène au Jaz des abeilles où nous passerons la matinée à greffer des larves d’abeilles sur des cupules puis à les incorporer à des ruches pour que les abeilles les élèvent et doncc les nourrissent afin de récupérer la gelée royale qui est une des productions de Jean-Luc. Le repas est l’occasion de visiter non seulement sa superbe miellerie mais également sa maison écologique passive (ossature bois et bottes de paille, phytoépuration, toilettes séches, …). L’après-midi nous irons vérifier dans un autre rucher l’acceptation de reines introduites il y a quelques jours et en profiterons pour faire un traitement à l’acide oxalique (contre le varroa) de ces ruches.

Samedi Le matin je prépare des ruchettes en prévision de la création d’essaims que nous ferons la semaine prochaine : nettoyage et grattage de la ruchette, incorporation de cadres construits ou de cadres neufs ainsi que d’une partition. Vers midi la chaleur me stoppe dans mon labeur, direction la piscine pour un plouf réparateur suivie d’un bon repas et d’une bonne sieste. Dans l’après-midi je donnerai un coup de main à Thierry pour l’étiquetage du sirop au thym et au miel qu’il a embouteillé la veille. Nous fabriquons également des florentins miel-amandes-raisins pour la foire au miel à laquelle il se rend le lendemain.

Dimanche Comme deux bons chineurs nous partons aux aurores avec Florence au vide-grenier de Cucuron, l’occasion pour moi de découvrir le charme de ce petit village médiéval du Grand Lubéron, ses petites ruelles, son étang entouré de platanes, …  Au retour je continue de préparer « mes » ruchettes jusqu’au déjeuner. En fin d’après-midi nous allons vérifier que les cellules royales en élevage se portent bien.

Lundi Nous partons à 4 avec un chargement d’une cinquantaine de ruchettes. L’opération de ce matin consiste à prélever sur un rucher, sans prendre la reine, quelques cadres avec du couvain à des ruches existantes. L’après-midi nous transportons ces ruches orphelines sur un autre rucher et les cellules royales y sont introduites en espérant que les abeilles acceptent cette nouvelle reine qui va naître dans les jours à venir. J’ai la mission de nourrir ces nouvelles colonies avec du sirop (mélange sucre bio et eau). Le soir je vais passer la soirée chez un collègue « composteur » et jardinier émérite qui habite, heureux hasard, à Cucuron

Mardi En matinée je pars avec Florence réintroduire d’autres cellules royales et « secouer » les abeilles des ruches orphelines ou bourdonneuses qui ne pourront passer l’hiver, ces abeilles rejoindront un autre ruche du rucher. Une fois tout ce matériel ramené, classé et rangé j’ai encore le temps de passer humer l’ambiance estivale du marché de Cucuron où je vais même rencontrer un voisin de mon immeuble ! Dans l’après-midi j’accompagne Thierry à Lourmarin pour un marché des producteurs. Toujours intéressant de voir la fin du cycle économique d’un métier et l’ambiance des marchés, de l’autre côté du décor, est sympathique.

Mercredi Le matin, je mets en pots pendant quelques heures du miel de châtaigner. Rien de fastidieux grâce à la pompe doseuse bien calibrée. L’après-midi, je pars avec Thierry pour un moment fort de cette semaine : une transhumance. Nous allons dans Drôme récupérer une vingtaine de ruches. Après 3 heures de route nous picniquons dans le rucher et faisons une pause en attendant que nos amis les avettes soient toutes rentrées dans leur maison pour charger les ruches sur le camion. A nouveau 3 heures de route dans l’autre sens et vers une heure du matin, nous déchargeons et installons, en plein cœur d’une forêt, à lueur d’une lampe frontale, les ruches sur leur nouvel emplacement.

Jeudi Et c’est déjà la fin de cette semaine super riche en expérience, en apprentissage mais également, et c’est ce qui fait le sel du wwofing, en rencontre. C’est toujours émouvant de quitter une famille qui vous accueilli comme l’un des siens. Mais la prochaine ferme m’attend … direction les Cévennes et ses brebis !

mardi 28 juillet 2015

Un Beau Wwoof à Belle-Ile

Il y a 5 ans je faisais mon premier wwoofing sur l’ïle de Bréhat. C’est à Belle-Ile en mer que je débarque cette année pour une semaine au Rucher de l’Abeille Noire chez Quentin, Maggy et leurs trois enfants Armand, Jasmine et Titouan.  Quentin était animateur jeunesse sur l’île depuis une dizaine d’années quand un vieil apiculteur amateur l’a initié et lui a transmis le virus de ce métier. Après un temps de pratique amateur, lui qui avait déjà un BPREA agricole a suivi un cursus complémentaire « apiculture » par correspondance et s’est installé comme apiculteur professionnel il y a 2 ans maintenant. Quentin a aujourd’hui sur l’île 150 ruches qu’il conduit en bio. 
C’est dans sa miellerie que nous faisons connaissance mais rapidement car Quentin propose aux touristes un atelier apiculture l’été et l’animation du jour va commencer. Je dis animation car on sent que son ancien métier le sert. Il accueille ses hôtes dans une clairière pour un exposé théorique sur les abeilles devant un rideau rouge comme au théâtre. Après une dégustation de miel, de pollen et de propolis, il propose aux invités d’enfiler une tenue d’apiculteur pour pénétrer dans le rucher. Une ruche est alors ouverte. Les visiteurs en ont plein les mirettes, ils ont pu voir quelques unes des 50 000 locataires de la colonie, Mme la reine et même une abeille naître en direct devant leurs yeux.
Fin de la visite dans la miellerie où les enfants fabriquent une bougie et les parents font leur emplettes des différents productions de Quentin (hydromel, bougies, pollen, propolis, ….) mais les clients du jour ne pourront malheureusement pas repartir avec du miel car Quentin n’en a plus en stock depuis déjà quelques mois et il faudra attendre la récolte du mois d’aout pour pouvoir à nouveau acheter le miel de ses ruchers. Ils pourront se consoler avec une autre production de la maison : des infusions qui sont préparées à partir de cueillettes sauvages ou de cultures locales. 
La fin de la journée se passe dans la convivialité car famille et amis passent à la miellerie. Et il est temps pour moi de m’installer dans ma petite caravane.
Jour 2 : Une journée placée sous le signe de la menthe que le matin nous irons cueillir dans un champs cultivé à dessein et l’après-midi trier (enlever les tiges et les feuilles abimées) pour les mettre au séchoir dans l’obscurité. Sans oublier la vidange des poubelles des toilettes sèches dans le composteur adhoc …. Le soir je sors de la quiétude de cette première journée pour plonger dans la marée humaine des touristes de l’ïle pour assister au feu d’artifice du Palais tiré de la fameuse citadelle. 
Jour 3 : Aujourd’hui nous allons parcourir la plupart des ruchers de Quentin. Une visite de chaque ruche et en fonction de la situation nous poserons une hausse supplémentaire, nourrirons les jeunes colonies, répartirons les abeilles de colonies orphelines. L’abeille noire de Belle Ile est bien plus paisible que la parisienne ! Un arrêté interdit d’importer des colonies du continent ce qui permet à l’abeille noire de Belle Ile de conserver sa rusticité et la pureté de la race. En fin de journée je vais farnienter sur la jolie petite plage de Port Guen située à deux pas.
Jour 4 : Nous terminons la visite des ruchers puis direction le laboratoire pour une mise en flacons de teinture de propolis qui est une autre production du rucher. La propolis a notamment des qualités antimicrobiennes et antifongiques. Quentin ayant programmé trois visites du rucher aujourd’hui je profite de cette après-midi ensoleillée pour découvrir quelques autres plages de l’île … et ses nombreuses montées et descentes que je parcours en vélo. 
Jour 5 : C’est dans les vapeurs d’hydromel en cours de fermentation que je passe la matinée à soutirer le divin breuvage et à rajouter la « bentonite » pour le stabiliser. Et comme Jiji aime les sucettes il en mettra également en sachet ce matin là pour terminer par la préparation de cadres spécifiques pour récolter du miel en rayons. L’après-midi sera consacrée à l’aménagement de la miellerie car demain soir Maggy y fêtera son anniversaire : rangement, installation d’une sono et d’éclairages.
Jour 6 : Après un petit tour au Coin des Producteurs où Quentin officie ce matin je fais un peu de tourisme local le matin (comice agricole, ressourcerie, marché) et l’après-midi nous finalisons la préparation de la fiesta du soir. Une cinquantaine d’invités, une multitude de plats amenés par les et les autres et de la danse jusqu’au bout de la nuit…
Jour 7 : Dimanche c’est le repos du … wwoofer 
Jour 8 : Après avoir accueillie Laure la wwoofeuse qui va prendre ma suite, nous retournons dans le champs d’aromatiques pour désherber, cueillir le reste de menthe puis rabattre les plants. Et la trier comme en début de semaine. A nouveau des amis passent et c’est l’occasion de déboucher une bouteille d’hydromel en une sorte de pot d’adieu, sûrement plutôt d’au revoir car j’ai déjà envie de revenir sur l’île avec mes enfants peut-être même cet été. Pendant que je fais mon sac je ne peux que me féliciter de cette semaine de wwoofing riche en apprentissages mais également en rencontres. Quentin et sa famille ont été adorables et on a vraiment passé de très bons moments ensemble.
Plus d’infos sur le rucher de l’abeille noire : lerucherdelabeillenoire.com

mardi 29 juillet 2014

Wwoof à la Miellerie de Stéphanie et Martial

Dimanche 18h, Martial m’attend à la gare de Lamballe pour me conduire dans sa ferme du Gouray en Bretagne. Il y vit avec sa compagne Stéphanie et ses filles et le couple conduit différentes activités en bio. Un élevage de blondes d’aquitaine, un autre de poules pondeuses, la culture de céréales (triticale, pois, blé) et depuis l’année dernière également de pommes de terre et de potirons sans oublier de sapins à… Noël. Mais étant apiculteur amateur à Paris je suis avant tout venu partager cet élevage qu’ils développent avec 80 ruches. Le diner est l’occasion de faire connaissance et de partager nos centres d’intérêts. Il est plus de 23h quand je rentre dans mes appartements, un Mobil Home au cœur de la ferme à côté d’un espace de vente construit récemment.

Lundi : Après avoir nourri vaches, poules et récolté les œufs, nous partons pour une première récolte de miel avec Martial et un ami venu lui donner un coup de main. Pratiquant déjà l’apiculture je ne suis pas impressionné par les abeilles qui nombreuses nous entourent. Nous récoltons une vingtaine de hausses bien remplies de miel … et quelques piqures légères car elles réussissent à piquer à travers mes gants pourtant épais. Le petit Chouchen de la maison fera vite oublier les quelques rougeurs ;) L’après-midi sera consacré à du bricolage pour avancer dans l’aménagement de la nouvelle miellerie.

Mardi : Ce matin nous emmenons les vaches au pré mais avant il nous faut tailler le sabot d’une des belles du troupeau et étant donné que ces bestiaux bougent un peu ce n’est pas une mince affaire de l’immobiliser dans une cage. Je tente d’apaiser la blonde (d’Aquitaine) en lui donnant des céréales et en la caressant. Elle repartira sans boiter après cette pédicure maison.
C’est quand le blé est mûr qu’il faut le moissonner (battre comme on dit ici). En effet, la veille au soir nous avions fait le tour des parcelles de céréales et une partie était mure. Aussi Martial avait commandé la moisson de 5 hectares. C’est ainsi que je passe prés d’une heure dans la moissonneuse batteuse de Jean-Claude, 74 ans, qui continue de faire son métier pour se distraire. L’occasion de parler des différentes révolutions mécaniques et informatiques qu’il a vu dans sa vie…
Mercredi : Les 14 tonnes de céréales moissonnées la veille doivent être transférées dans la benne du transformateur bio qui l’achète. Nous passerons une bonne partie de la journée à préparer et à effectuer ce transfert de céréales.
Après une bonne douche pour se débarrasser de toute cette poussière de cérales Martial et Stéphanie m’invitent à un repas spectacle sur la côte à Pléneuf-Val-André … où nous nous nourrirons l’estomac et l’esprit aux bons mots d’Albert Meslay dit Albert le Mondialiste. Dans toutes mes expériences de wwooffing les hôtes aimaient la culture au propre et au figuré.
Jeudi : C’est le début de la floraison du sarrazin et nos apiculteurs feraient bien une dernière récolte du nectar de cette fleur qui fleurit tardivement. Un collègue de Martial qui a un champ de blé noir nous fait visiter ce matin différents emplacements potentiels. Nous sommes régulièrement stoppés dans nos visites par des rencontres avec d’autres agriculteurs avec qui on taille une bavette riche d’enseignements.
J’accompagne Stéphanie au marché bio du port de Dahouët où elle tient un stand tous les jeudis de l’été en fin d’après-midi. Elle y vend œufs, miel, pain d’épices et plats préparés à partir du veau qu’ils produisent (dont le tagine de veau au miel). L’occasion de rencontrer ses clients et les autres producteurs du marché et notamment sa voisine de marché, paysanne boulangère. La fin de marché est conviviale en dégustant un toast réalisé à la bonne franquette avec une tranche de pain et du saumon offert par le poissonnier du marché. Nous passons boire une bière au camping local tenu par des amis, coup de chance il y a un petit concert de musique ce soir ;)
Vendredi : Je récolte dans les arbres de la ferme une dizaine de kilos de prunes qui seront vendues l’après-midi dans l’espace vente de la ferme. Tous les vendredis après-midi Stéphanie y vend ses produits et tient une permanence de distribution de paniers locaux (Voisins de Paniers). Pendant ce temps là nous réalisons, avec Martial et des amis du village qui veulent s’initier, une nouvelle récolte d’une dizaine de hausses sans se faire agresser cette fois ;) En fin d’après-midi nous allons voir si la dizaine de nouvelles reines introduites dans des essaims il y a une semaine ont bien été acceptées.
Samedi : Levé à 5h30 pour transhumer 5 ruches dans le nouveau rucher « sarrasin » identifié quelques jours plus tôt. Assez magique d’aller cueillir en pleine nuit à la lampe frontale les ruches pleines d’avettes encore endormies.
Je prépare ensuite des ruchettes pour la fabrication d’essaims que nous ferons l’après-midi. Il s’agit d’aller prélever quelques cadres de couvain et de miel dans des ruches existantes et d’exporter ces cadres dans un autre rucher, les abeilles orphelines vont alors élever une nouvelle reine et on obtient ainsi une nouvelle colonie. Je ramasse les derniers œufs et il est temps de faire mon paquetage pour reprendre le train le lendemain à Lamballe pour Paris.
Stéphanie et Martial m’ont dit apprécier nos échanges, mon regard extérieur sur leur exploitation et bien évidemment également le coup de main. Et moi j’ai passé une semaine où j’ai autant fait travailler mon corps que mon esprit, une semaine riche en apprentissage, rencontre et partage.

mardi 22 juillet 2014

Woof au Jardin de Véronique

Après une nuit de train j’arrive au petit matin d’un dimanche de juillet à Castres où Véronique, mon hôte, m’attend pour me conduire dans sa ferme  à une vingtaine de kilomètres, à Cambounés au pied des monts de Lavaure. Elle y vit dans une jolie maison en bois construite il y a quelques années qui surplombe un bel espace de cultures qui descend jusqu’à la rivière. Elle y produit moult légumes et quelques fruits qu’elle transforme notamment en plats préparés vendus sur les marchés et dans différentes boutique de la région. Elle réalise également un service traiteur (stages, mariages, ..). En outre tous les lundis d’été elle fabrique du pain, des pizzas et des tartes pour les vendre au marché de producteurs de Mazamet.
Après un rapide tour du propriétaire et m’être installé dans la petite caravane qui sera mon antre cette
semaine, je pars déjà cueillir des framboises pour les tartes du lendemain. J’en profite pour saluer la dizaine de poules et leurs poussins qui s’égayent dans une partie du jardin ainsi que les canards qui ont pour mission de manger limaces et autres parasites. François un marcheur de Compostelle qui a fait une halte prolongée et Mourgali donnent également un coup de main à «Véro». Nous passerons l’après-midi à repiquer et arroser des poireaux.
J2 Lundi : Ce sera la journée marathon de la semaine. En effet, il faut fabriquer dans la journée pains, pizzas
et tartes  qui seront vendus le soir même au marché de 17h à 22h. Quand nous attaquons à 8 h cela fait déjà quelques heures que Véronique s’affaire à prépare pâte à pain, fond de pizza et de tartes. Équipés d’un tablier et d’une charlotte nous attaquons la confection des pizzas : coupe des tomates, oignons, poivrons puis assemblage de ces ingrédients en fonction des différentes recettes. Viendra ensuite le temps de confection des tartes où nous poserons une à une les framboises du jardin. Le four à pain mettra deux heures à atteindre sa température et verra s’engouffrer dans son ventre les différentes fournées. Il est déjà l’heure de charger le véhicule pour se rendre au marché où des dizaines de convives viennent se restaurer en cette soirée du 14 juillet. La vente d’un produit qu’on a contribué à fabriquer est très plaisante. Il est tard quand nous rentrons.
J3 Mardi : Une journée assez légère où je m’occuperais d’éliminer les feuilles des courgettes tachées
d’oïdium, supprimer les gourmands des tomates et pailler des buttes de culture.
J4 Mercredi : Nous passons une longue matinée ensoleillée à planter choux-fleurs, haricots divers, betteraves et panais dans une parcelle après l’avoir griffée et préparée. Le soir nous irons voir un spectacle circassien La famille Goldini
J5 Jeudi : Après avoir planté des haricots dans les buttes du jardin, une nouvelle fournée de pain sera réalisée pour le marché du lendemain. Le four encore chaud permettra de faire cuire et mijoter un « chevreau aux amandes ». Le soir Sylvie, qui vit dans une yourte sur le terrain de Véronique nous invite à dîner.
J6 Vendredi : La journée sera  également chargée car Véronique doit servir un repas pour un groupe d’une
quinzaine de personnes à Mazamet. Après un arrosage de nos plantations des jours précédant (eh oui le jardin n’attend pas), la matinée sera consacrée à finaliser la préparation des plats de ce repas que nous irons livrer et servir. A peine le temps de rentrer et de se poser quelques heures qu’il faut repartir pour un nouveau marché de producteurs à Biot où là également les convives viennent faire leurs emplettes pour diner sur place. Mais cette fois-ci l’affluence est aussi faible que le vent d’autan souffle fort et le moral de la troupe en est un peu affecté. Rien de tel qu’un concert des Casse Museaux (c’est aussi le nom d’une spécialité locale au lait caillé de brebis) pour la fête du village de Cambounés pour retrouver de l’entrain !
J7 Samedi : Après un ultime arrosage des plantations il est déjà l’heure de ranger mes affaires, passer un coup de balai dans ma caravane et dire au revoir à ce petit coin idyllique du Tarn et à Véronique.

samedi 19 avril 2014

Hola, que tal el Wwoofing à la catalane ?

Parti à 7 h un matin d’avril de la Gare de Lyon, mon TGV arrive déjà à Figueras en Espagne alors qu’il n’est pas 13 h. Mon amie Valérie est venue me récupérer à la gare et m’emmène à une quinzaine de kilomètres de la cité catalane vers le domaine de Can Torres. Elle y vit dans la demeure de Joan Carles et Barbara qui exploitent six hectares de vignes en bio où je vais woofer pendant une petite semaine. 
Nous passons à table vers 14h (eh oui c’est le rythme espagnol), non sans avoir goûté un verre de la nouveauté de la maison cette année, un vin blanc délicieux accompagné de quelques morceaux de pain trempés dans l’huile d’olive pressée à partir des olives du domaine. Après une sieste officielle, place au tour du propriétaire. Nous sommes au pied des contreforts des Pyrénées, dans le massif des Albères au milieu d’un maquis granitique légèrement vallonné d’où surgissent les vignes entre lavande et thym sauvage. La douce lumière d’après la pluie qui est tombée en ce début d’après-midi magnifie le paysage. On croise également quelques vaches, tortues… dolmens et menhir qui finissent de donner une touche mystique à cet ensemble plein de charme. Il est 22 h quand on se met à table pour une délicieuse omelette aux orties avant de tomber dans les bras de Morphée et dormir du sommeil du juste.
Le vignoble Can Torres
Joan Carles a hérité de ce domaine de 16 hectares créé par son arrière grand-père (certaines vignes ont 60 ans), il est également pompier professionnel avec des gardes de 24 heures qui lui donnent des récupérations lui permettant d’être très présent au domaine. Par amour, sa compagne Barbara a quitté son Italie natale et abandonné son métier d’architecte pour elle aussi devenir viticultrice. Ils vivent à Can Torres avec les quatre enfants de Joan Carles sans oublier le chien Ot, les ânes Fidel et Estrella et deux chats.
Autrefois le raisin des 6 hectares du vignoble était vendu mais, depuis 1997, Barbara et Joan Carles produisent leur vin. Cette année, 9 000 bouteilles devraient être mises en vente, une belle année après la catastrophe de l’année dernière où des vaches «extérieures» avaient eu la mauvaise idée de venir déguster une grande partie de la récolte qui avait déjà été bien entamée par les sangliers. Depuis chaque parcelle est clôturée ! Nos viticulteurs ont construit récemment une cave aux nouvelles normes et chaque nouveau millésime bénéficie de leur expérience passée. Ils n’ont pas à rougir de leur breuvage qui est déjà reconnu et réputé. C’est un vin plus que bio, un vin naturel, non filtré, vinifié avec des levures indigènes et sans ajout de sulfites. Ils ont désormais à leur carte un vin blanc (« Anyet »), trois rouges («Murtra», «Ido» et «Demontre») et un vin doux naturel («Ambre»).
Des projets, Juan Carles et Barbara en ont plein la tête, mais la sagesse et la crise (qui a considérablement limité l’accès au crédit en Espagne) leur font engager chaque chantier après l’autre en les autofinançant. Cette année, un gite va bientôt être rénové dans l’ancienne porcherie, ils vont planter une centaine de pieds de raisin de table pour se diversifier et ils ont aménagé cet hiver quelques nouvelles parcelles pour agrandir la surface du vignoble. Etant donné qu’ils récoltent également quelques 700 kg d’olives chaque année et que l’un des fils de Joan Carles termine une formation en viticulture et oléiculture, ils envisagent la création d’un moulin pour produire une huile d’olive bio et locale. 
Une ferme en autonomie
Le domaine tend naturellement vers l’autosuffisance. La propriété dispose d’un droit à l’eau de la rivière qui longe la propriété pour arroser les cultures et notamment le potager, et un voisin leur donne l’accès à l’eau potable d’un forage qu’il a réalisé. Même si les périodes froides sont rares dans la région, la maison est chauffée par une cheminée et 7 poêles alimentés par le bois du nettoyage des 16 hectares. Un chauffe-eau solaire produit une partie de l’eau chaude de la maison. En été, la maisonnée est autosuffisante en légumes grâce au potager et à sa serre attenant à la maison auxquels se rajoutent la production de deux grands jardins : 2 000 oignons, 500 pieds de tomate et l’équivalent de 600 kg de pommes de terre. Un verger en développement produit déjà des amandes, pêches, figues et abricots. Bien évidemment, l’autonomie en vin est assurée comme celle en huile (40 litres consommés par an !) grâce aux 70 oliviers de la propriété. Enfin les 10 poules produisent plus d’œufs qu’il n’en faut. Un peu de viande est troquée contre un droit à paître tout comme le miel qui est offert par l’apiculteur à qui on a laissé installer une trentaine de ruches sur la propriété. 
Le carnet du Woofing jour par jour
Samedi
Nous voici partis au petit matin pour planter des pieds de vigne dans une nouvelle parcelle fraîchement préparée. Après avoir foré un trou à la barre à mine, nous y plaçons le jeune pied. Une centaine de pieds plus tard et après avoir arrosé nos plantations nous méritons l’en-cas qu'on nous amène aux champs, et c’est sur un gros rocher granitique que nous montons casser la croûte avec notamment le fameux "pan con tomate", spécialité catalane (pain frotté avec des tomates et arrosé d’un filet d’huile d’olive). La fin de la matinée sera consacrée à greffer dans une autre parcelle quelques pieds avec des greffons.
Dimanche
Profitant du repos dominical mon amie Valérie m'emmène visiter les superbes environs : les villages de Cadaqués et de Portlligat (le village de Dalí), le Cap de Creus où nous nous régalons d'une cassolette de riz aux fruits de mer et le monastère de Sant Père de Ride. En soirée, Beatriz, une autre wwoofer, arrive de Barcelone.
Lundi 
Aujourd’hui nous allons planter des plants greffés de trois cépages de raisin de table (muscat, lavallée et cardinal) dans une parcelle qui a été labourée samedi. Il nous faut tout d’abord quadriller la parcelle pour définir lignes et espacements, deux heures de travail d’arpenteur suivi de la plantation de 120 pieds, dont je maîtrise désormais les gestes appris samedi. Après le traditionnel en cas de 11 h, je finis la matinée au frais dans la cave à mettre en bouteille le vin doux de la propriété.
Mardi
La commune dont dépend la cave se nomme Sant Climent Sescebes, littéralement « Saint Clément Ses oignons », la bien nommée car ce sont deux mille oignons de Figueras que nous plantons ce matin là. Les sillons avaient été préparés au tracteur la veille et nous les mouillons grâce à l’eau de la rivière. En deux heures de temps, l’affaire est faite. Pour terminer cette journée de travail Joan Carles nous montre comment nettoyer et préparer d’anciens oliviers dégénérés suite à un incendie afin de les regreffer prochainement. En soirée nous partons effectuer la montée de la colline qui surplombe le vignoble. Une heure et demie plus tard, nous sommes doublement récompensés par la beauté d’un coucher de soleil et la magie du lever de la lune rousse. 
Mercredi et Jeudi
La douce lumière du matin donne toujours au paysage une certaine magie. C’est dans ce cadre que nous partons avec Barbara pour nettoyer une vigne. Armés d’un sécateur et d’une pioche, nous dégageons et coupons les rejets, enlevons les bourgeons sur la partie basse des pieds et préparons les pieds qui n’ont pas pris pour un regreffage. C’est parmi les vaches que nous ferons notre pause casse-croûte. Nous reviendrons le lendemain dans la même parcelle continuer ce fastidieux mais nécessaire labeur.
Après cette dernière journée de wwoofing, il est temps de passer à la cave pour acheter quelques bouteilles du vin que l’on a modestement contribué à produire et faire adieux et remerciements à mes hôtes de Can Torres qui m’ont fait passer une semaine riche en découvertes, apprentissages et rencontres. 

jeudi 25 juillet 2013

High School Wwoofing in California

Après avoir traversé la baie de San Francisco sur l’eau (Golden Gate Ferry) puis sous l’eau (Bart - RER local) me voici arrivé à Oakland. En venant de San Francisco, arriver à Oakland (notamment le bas de la ville) c’est un peu comme passer des Champs-Elysees à Barbés. Trente minutes de marche me permettent de sentir un peu la ville. It’s a high way to the top, comme disait ACDC, la maison de Patrick jouxte le réservoir de la ville sur ses lointaines hauteurs.
Pat conclut une semaine de vacances avec son père et nous partons célébrer son départ le lendemain dans un pub irlandais de Berkeley. C’est scène ouverte ce soir, plus de 25 musiciens enchainent les solos ou les morceaux collectifs de vieilles chansons irlandaises tandis que je me délecte d’un Garden Burger et d’une bière locale.
Après une nuit réparatrice et un petit déj pantagruelique (omelette, melon, cassis, toast, ..) nous partons en voiture à Concord (30 minutes avec Grateful Dead à fond dans les HP ça passe vite !) où se trouve le lycée professionnel (Mt Diablo High School) dans lequel Patrick enseigne les sciences de l’environnement et gère le jardin pédagogique dans lequel nous allons travailler. 
Le jardin d’une dizaine de planches de 10 mètres de long accueille ces temps-ci des cultures de tomates variées, courgettes, poivrons, haricots, pommes, poires, oranges et citrons et des fleurs notamment des rosiers. Ce jardin va bientôt doubler de surface mais les travaux sont encore en cours.
Ce lycée est fréquenté par 1500 élèves de classe populaire et de forte diversité. Il est à 95 % autonome en énergie solaire. 

Nous passerons ainsi deux jours à remettre le jardin en état avec Patrick, stakhanoviste de la binette ;) : nettoyage des tomates, amendement des sols (avec le compost des déchets de la cuisine de l’établissement mais aussi avec du compost de fientes de poules ), désherbage, pose de nouveaux tuyaux d’irrigation (bien sur ici les cultures sont irriguées, bizarrement il ne veut pas pailler ...alors que ceci permettrait de limiter l’évaporation vu les chaleurs locales ...).
Bref, une courte immersion dans un processus pédagogique intéressant (environnement, cuisine et santé sont au centre d'un programme HEAL : Healthy Eating Active Living) sans parler de la richesse du temps de partage et de rencontres avec un californien de coeur et ses proches. 

lundi 22 juillet 2013

La ferme de Marie

Cet été je profite d'un séjour en Californie pour ajouter une expérience "internationale" à celles de mes wwoofings en France.
Quand mes enfants m’ont laissé à Marie’s Farm, à quelques kilomètres de Pescadéro à une centaine de kilomètres au sud de San Fransisco j’ai lu dans leur yeux … comme une inquiétude. Avec le recul je peux les comprendre, nous avions été accueillis par un mec au regard hagard devant une sorte de dortoir ouvert aux quatre vents devant lequel semblait dormir à même le sol dans la poussière un autre personnage. 
J’ai vite rencontré le maître des lieux, Lance Storm, Captain Storm pour les intimes. Il semble avoir peu de temps à m’accorder car il teste dans sa grange un élément de son moteur Free Energy. Assez rapidement il me demande si je crois aux Aliens … ma réponse négative le surprend. Je le laisse à ses expérimentations et je pars découvrir le domaine.
Une pépite potentielle pour faire la permaculture : des sols qui semblent de bonne qualité, une source à disposition avec d’énormes réservoirs, des terrains bordés par une forêt, du matériel agricole en tous genres … mais on peut considérer que le lieu est à l’abandon (des plants de tomate cerise ont été oubliés en plein champs et sont en train de crever, les nombreuses poules ne pondent plus mais par contre viennent manger le peu de légumes qui ont été plantés, les champs semblent peu cultivés). Un lieu un peu fantomatique qui néanmoins respire une certaine poésie avec pour totem cet immense arbre majestueux à l’entrée du domaine, cette collection de vieux pick-ups d’un autre temps et ces deux sculptures métalliques de mammouths et dinosaures en plein champs. 
Les bâtiments sont à l’avenant. Le dortoir est infâme mais j’ai la chance de bénéficier du luxe suprême : un matelas. La pièce à vivre est du même acabit, vaisselle sale et nourriture traînent un peu partout. Un bébé chèvre se prélasse sur un vieux tapis et deux autres … participants Ocean et Soul ont l’air tout aussi réveillés que les autres déjà rencontrés et se morfondent dans de vieux fauteuils défoncés.
Captain Storm est de retour et me propose d’écouter le Ministre de la Défense du Canada avouer que les Aliens existent. Sur ces entrefaits je rencontre dans la cuisine (au feu de bois avec récupération de chaleur pour la douche) deux français peu polyglottes qui me racontent leur surprise et déception à leur arrivée dans les lieux mais qu'ils sont restés scotchés là faute d’argent et d’énergie pour repartir en quête d’un autre lieu. Ils me confirment que la réalité de cette ferme ne correspond pas à celle présentée sur le site WWOOF USA. 
Nous partons tous néanmoins, en cette fin de journée, replanter une rangée de mini-plants de salades, haricots, oignons, concombre, … à un rythme … plus que tranquille. 
Après m’être sustenté d’une salade maison et de quinoa cuit au feu de bois, les deux autres froggies me propose …un verre de Ricard de la bouteille qu’ils ont amenée de France. Ce petit verre me ragaillardi comme le pop corn que l’on fera exploser sur le piano. Mais ma décision est prise, je repars demain matin à la première heure en stop, une aventure dans l’aventure qui m’aura apporté humainement bien plus que cette erreur de casting. 
Bref, je suis bien évidemment déçu. Je me suis demandé un moment si je n’aurais pas du donner un peu de temps au temps ou si je n’avais pas échoué dans  le lâcher prise que je vante si souvent, … Mes expériences françaises de wwoofing me font penser qu’on était quand même ici dans la 3ème dimension ;(

mercredi 15 août 2012

Une semaine chez des apiculteurs sans frontières

Je connaissais l’apiculture familiale au travers de la conduite des 4 ruches installées dans le jardin de ma résidence. J’ai suivi en juin dernier une formation d’une semaine à l’apiculture mais j’avais envie de découvrir le quotidien d’une exploitation apicole de plus grande envergure… C’est ainsi que je me retrouve en ce début du mois d’août en gare de Chalon-sur-Saone où Yves Rondelet et son épouse, apiculteurs m’attendent. 
Mes hôtes apiculteurs 
Dans les années 70 un beau-frère offre à Yves une ruche, … la passion lui vient rapidement car 4 ans plus tard il en a déjà 80 et se souvient de cette récolte légendaire de plus de 10 tonnes ! Il en fera une activité complémentaire à son métier de professeur d’histoire géographie (à la retraite aujourd’hui). 
Yves va tomber également sous le charme de l’Afrique …et de son apiculture. Après plus d’une quinzaine de voyages dans différents pays de l’ouest de ce continent il a soutenu en 1996 une thése de doctorat de géographie sur « Le miel de l’Afrique de l’Ouest ». 
C’est aussi en Afrique qu’il a rencontré Pascaline, princesse d’un ancien royaume, qui est devenue son épouse il y a quelques années. Braver les abeilles africaines (plus agressives que les européennes) est d’habitude l’apanage des hommes valeureux, parfois un rite initiatique mais cela n’arrête pas Pascaline. Ils partagent leur vie entre la France et le Burkina Fasso où ils conduisent des ruchers en Bourgogne autour de leur miellerie de Fragnes(71) et Bobo-Dioulasso. Yves est également engagé dans différentes associations faisant la promotion de l’apiculture dans les pays en développement, il est par exemple vice président d’Apiculteurs sans frontières et d’Apiflordev. 
Récolte « commando » 
Mais revenons à nos ruches bourguignonnes. La première après-midi fut une mise en condition champêtre : enruchement d’une colonie d’une ruchette et visite de différents rûchers pour confirmer que la récolte pouvait commencer. 
Le lendemain, finies les visites bucoliques, place au commando de récolte. Après avoir enfilé nos combinaisons et gants, direction le premier rucher. Après une courte période d’observation je trouve ma place dans le trio et chacun alterne enfumage, ouverture de la ruche, soufflage des abeilles et portage des hausses au camion. Nous enchaînons les ruchers et ramenons le premier jour près de 60 hausses. 
Au cours de ma semaine d’immersion j’aurai ainsi l’opportunité de visiter et récolter, dans un rayon d’une trentaine de kilomètres, les différents ruchers de mes hôtes dans lequels sont installées plus de 200 ruches. Yves développe une vision sur un aménagement apicole idéal pour ses protégées. En effet, la plupart de ses ruches sont situées sur des terrains dont il est propriétaire sur lesquels il plante depuis des années moult arbres et plantes mellifères afin d’améliorer la bio-diversité, d’augmenter et d’améliorer la nourriture potentielle de ses avettes. 
Après trois journées de récolte à ce rythme il nous faut penser à extraire le miel. Rendez-vous donc dans la miellerie où nous désoperculons les hausses d’un coup de lame expert et les plaçons dans l’extracteur. Les mains sont plus que collantes mais quel plaisir de se lécher les doigts de ce miel « toutes fleurs » avant de se laver les mains pour passer à la mise en pot. Même si le rythme est rapide, c’est un moment propice à la discussion, une sorte d’arbre à palabres : nous parlons d’apiculture bien sûr mais aussi de nos vies personnelles et de l’Afrique dans laquelle je voyage chaque soir en lisant une partie de la thèse d’Yves et en dégustant la cuisine de Pascaline (bissap, tô, …). 
La semaine est finie, j'emmène dans mes bagages différents pots de miel qui seront mes m adeleines de Proust jusqu'à peut-être une prochaine visite au printemps ?

jeudi 28 juillet 2011

WWOOF 2, le retour : aux Jardins de Toucanne

C’est Place des Lices, sur le marché de Rennes, que Louis m’avait donné rendez-vous pour ma deuxième expérience de WWOOFing* de l’été. En ce samedi de début d’août je n’ai pas de mal à trouver son étal, « mon stand est en face des poissonniers » m’avait-il précisé et son enseigne légumière peinte à la main finit de m’orienter. 
Il pleut, il pleut, bergère … 
C’est sous la pluie que se déroule notre rencontre, les clients sont du coup moins nombreux, ce qui nous laisse le temps de faire connaissance plus avant. Pas facile de débouler dans la vie professionnelle de quelqu’un comme cela en pleine activité commerciale. Le challenge : s’adapter vite. Regarder la façon de faire (il fait ses comptes à la main), mémoriser les prix (un peu effacés par la pluie) et les produits (pas moins de 10 sortes de tomate presque autant de courges et courgettes), les us et coutumes (le petit légume offert, on laisse se servir les clients), puis petit à petit se lancer en servant un premier client quand les acheteurs sont plus nombreux. Louis me laisse faire tout en jetant un œil bienveillant. Il est 13h30, on remballe. Avant de partir Louis fait cadeau de légumes à quelques glaneurs étudiants ou roms qui font le tour des échoppes. 
Le trajet du retour vers les Jardins de Toucanne me permet d’en apprendre un peu plus sur le parcours de mon hôte. Après un BTS agricole en élevage c’est au Cameroun qu’il part comme volontaire d’une ONG pour épauler des Peuls dans l’élevage de zébus. Après quelques années il doit revenir, les crédits du programme de développement en question sont coupés alors qu’il se lançait dans un projet d’apiculture. Chaque année il ne peut résister à l’appel de l’Afrique et y retourne quelques semaines en hiver. Il passera ensuite deux années aux Etats-Unis, à étudier l’apiculture à Minneapolis puis à faire des stages dans différentes exploitations américaines. A son retour en France, plusieurs projets d’installation (apiculture, élevage, ferme-auberge) avortent et c’est dans une formation à l’agriculture bio qu’il va se révéler et trouver sa vocation.
L’arche de … Louis 

Il s’est installé en maraîchage bio à Boisgervilly à 35 km de Rennes, il y a une dizaine d’années, dans une vielle longère de schiste centenaire qui appartenait à ses parents, agriculteurs. Il exploite 1,5 hectares pour produire fruits (raisin, fraises, pommes, poires, mûres, prunes, rhubarbe, figues, …) et légumes (tomates, cucurbitacées diverses, poivrons, poireaux, pommes de terre, oignons, herbes aromatiques, betteraves, …). Sur 5 hectares de prairies paissent quelques vaches allaitantes (Bretonne Pie Noire) et s’ébrouent 2 chevaux qu’il monte à l’occasion en balade. Sans oublier une basse-cour de poules et canards sous l’autorité de quelques paons. Et quatre chats et deux chiens, Max et Tao, qui vivent en douce harmonie. 
Même si c’est la pleine saison de production, Louis sait prendre le temps. Et en donner aux autres. Il a à cœur d’emmener ses WWOOFers visiter la région ou assister aux événements culturels alentours, il est d’ailleurs le président de l’association A Ressort. J’irai ainsi assister le dimanche de mon arrivée à une lecture à Bécherel, joli petit village dédié aux livres, et écouter un concert de la « fanfare à la conque » Les Chevals à l’Apéro’Zique à St Pern.
Les œufs de Pâques 
Mais c’est lundi et il faut quand même s’y mettre ! Sans pleurer je ramasse divers oignons qui avaient été mis à sécher et que nous monterons ensuite au grenier. Suit une journée de chasse aux chénopodes qui ont envahi le champ de courges. Quelques confitures plus tard et après un repas auquel Louis à invité Sarah, une maraîchère bio qui vient de s’installer à quelques kilomètres, je m’endors sereinement dans la petite caravane qui est mon « chez moi » pendant cette semaine. 
Mardi commence par une cueillette de prunes : comme un enfant à Pâques je suis tout excité de découvrir dans l’herbe toujours plus de prunes que nous avons fait tomber en secouant l’arbre. Je le suis moins dans ma prochaine tâche : exterminer les chardons qui ont envahi la prairie. Armé d’une faucille, je coupe ces piquants en fleurs avant qu’ils ne sèment à tout vent leurs graines. L’après-midi, pendant que Louis va livrer en ville quelques commandes, j’en profite pour rendre visite à Sarah rencontrée quelques jours plus tôt. Elle me fait visiter sa jeune exploitation qui sert une AMAP rennaise.
On est dans  la merde ! 
Le mercredi, une fois par an, chez Louis c’est pas raviolis mais … fumier. Néanmoins, pas de surprise de ma part car lors de nos échanges épistolaires préparatoires à ma venue, Louis m’avait écrit qu’il « pensait prévoir un chantier de nettoyage du fumier de la baraque des vaches (c’est un peu ta partie le compostage) » ;-). Aidés de son ami Olivier aux commandes du tracteur, nous sortons à la fourche plus de 5 remorques de fumier qui, après compostage, viendront amender les Jardins de Toucanne.
Le jeudi soir, Louis fait le marché d’Iffendic, petit bourg situé à quelques kilomètres de la ferme. Il nous faut donc récolter les produits. L’affluence est faible mais Louis a quelques habitués qui passent autant pour acheter des légumes que pour discuter un peu. Nous passerons la soirée chez Séverine qui vend des galettes bio sur ce même marché et qui, ce soir, organise une fête. Une auberge espagnole qui accueille artistes et amis avec en animation un concert du groupe Aspirateur de Langue. Dure, la vie de WWOOFer ! 
Le réveil du vendredi est … plus difficile eu égard aux agapes de la veille. Mais pas de temps à perdre car les quantités à récolter pour le grand marché hebdomadaire de Rennes du lendemain sont conséquentes et il ne faut pas chômer. Mais là encore Louis sait prendre et donner du temps car il ne veut pas que je reparte sans avoir bu le café chez la célèbre Marie Berthier (87 ans) qui tient un bar dans son château du XVIIème siécle à Lou-du-Lac, sa commune d’enfance. Dernier et toujours succulent repas végétarien pris en commun et il est temps de préparer mon sac car demain les trompettes sonneront bien tôt.
Tous en Lice
Il est 5h, Boisgervilly s’éveille et nous voici dans la nuit en route vers la même place des Lices où j’avais rencontré Louis il y a une semaine. Chouette, la météo s’est trompée, il ne pleut pas. Il est tout juste 6 h, déjà nombreux sont les commerçants à s’être installés, quelques fêtards passent, la ville se réveille doucement comme les clients qui arrivent progressivement. Il est agréable d’en reconnaître certains, de se souvenir de leur achat de la semaine passée. Presque plus d’hésitation pour vendre, ré-achalander, renseigner, … et une certaine fierté de vendre des produits que j’ai participé à récolter mais aussi mangés pour ne pas dire dégustés. Le train de 13h m’attend et je quitte Louis à regrets car au-delà du partage du quotidien d’un maraîcher bio, j’ai également fait une belle rencontre humaine. 

samedi 23 juillet 2011

Des vacances de WWOOF !

Cet été, plutôt que de bronzer idiot ou de faire péter mon compteur CO2 comme l’année dernière (voir Green Fairfax), j’ai choisi de partager le quotidien d’une ferme conduite en agriculture biologique en devenant WWOOFer. Le WWOOFing consiste à travailler bénévolement (une trentaine d'heures par semaine) dans une exploitation agricole en échange du gîte et du couvert. Après avoir surfé sur le site du WWOOF France j’ai jeté mon dévolu sur la ferme de François Le Tron qui exploite, depuis une vingtaine d’années, 1,5 hectares en maraîchage bio à Bréhat.
L’île aux tracteurs
C'est ainsi qu'en ce vendredi de début juillet, après quelques minutes de traversée, je débarque sur l’île de Bréhat, encore appelée l’île aux fleurs … ou l’île aux tracteurs, seuls véhicules motorisés à y être autorisés. Une bonne demi-heure de marche vers le Nord plus tard, me voici devant la ferme de Kervilon et son « mini-marché » dont François m’avait parlé dans son mail.  Des touristes prennent d’ailleurs en photo l’étal de fruits et légumes et surtout son panonceau «servez-vous et mettez l’argent dans la boîte » dont ils ne reviennent toujours pas. Effectivement point de vendeur, pas plus que de maraîcher d’ailleurs … Je frappe à la porte de la petite maison dans la prairie dans le jardin et François et Marion, mes hôtes, m’ouvrent. Mais l’heure n’est pas aux longues civilités car je tombe … mal … c’est l’heure de la sieste, sacrée chez nos deux Bréhatins.
La main à la pâte
Je les laisse donc aux bras de Morphée pour tomber dans ceux de Philippe et Marie-Laure. Ces derniers sont agriculteurs dans la Mayenne et ont eu l’idée un peu folle de venir passer leur été chez leurs amis François et Marion pour y produire du pain bio au feu de bois comme ils le font à l’année chez eux ! J’aurai ainsi l’occasion de mettre la main à la pâte au propre comme au figuré !
Mais toute bonne sieste a une fin, les véritables présentations se font alors autour d’un goûter dans la grande pièce à vivre. Après un coup d'oeil aux toilettes sèches qui trônent comme un totem dans le jardin, on m'attribue une chambrette quand d'autres WWOOFers sont installés sous la tente, dans la maison ou encore dans une maison construite ... en palettes (excellent moyen de réutiliser ce déchets non recyclable sur l'île).  Mais c'est déjà la fin d’après-midi et place aux choses sérieuses, nous partons aux champs dans la remorque du tracteur qui n’est pas sans me rappeler les fenaisons d’été de mon adolescence en Auvergne. Trêve de rêverie, il faut penser aux récoltes du lendemain et me voici sous l’aile du sieur François à déterrer quelques kilos de pommes de terre avec un croc,  couper les derniers artichauts de la saison ou cueillir quelques fraises ou des Borloto (c’est comme des cocos de Paimpol mais les faisans de l’île ne mangeant pas cette variété italienne, elle leur a été préférée). Il est tard quand nous rentrons, je suis déjà fourbu et fier d’arborer ma première blessure de guerre ; sont bien affûtés les Opinel du père François !
Le repas pris en commun sera ponctué par l’enfournement du pain du soir et par les présentations plus formelles des uns et des autres : Gregory et Ali, un couple de WWOOFer de Los Angeles, la petite famille du boulanger et Théo leur WWOOFer. Nous sommes 11 à table, mais on fera mieux dans la semaine ! Je trouve sans peine le sommeil du juste. Ces repas comme les travaux aux champs seront l'occasion de questionner mes hôtes et d"échanger sur leurs pratiques, leur contexte économique comme sur leur envrionnement atypique d'une île où tout ou presque (même l'eau !) est importé du continent.
Good Morning Bréhat
Chouette, pas de réveil aux aurores ! Petit-déjeuner vers 8h. Je mange une tonne du pain sorti du four la veille sous mes yeux. Ah, le pain aux pépites de chocolat … mais celui aux fruits secs est aussi super bon… comme celui au sésame .. dans le doute je les goûte tous plusieurs fois … sans pouvoir les départager. Les excellentes confitures maison, autre production de la ferme, ne poussent pas à la frugalité.
La production de la ferme de Kervilon est exclusivement vendue sur l’île et pratiquement uniquement pendant les quelques mois d’été et aux vacances de Pâques. François part vendre ses fruits et légumes au marché et je pars aux champs, cette fois-ci  sous la houeltte de sa compagne Marion.  Ce sera une matinée « tomate » qui est largement cultivée, sous tunnel. Cerise, cocktail, ronde, longue, variétés anciennes, … elles sont nombreuses mais demandent de l’attention. Nous partons à la chasse au gourmand, coupons les feuilles malades, retendons les supports. Puis vient l’heure de la récolte, ce qui me donne l'occasion de les goûter ;-) La tomate c’est le légume (fruit ?) de l’été par excellence et il en faut des kilos et des kilos chaque jour.
Il est plus de 13h, les muscles non habitués à cette gymnastique sont endoloris et l’estomac crie famine, il est temps de rentrer à vélo à la ferme pour un repas et ... une sieste (dont je comprends mieux maintenant l’utilité …). Le repas pratiquement toujours végétarien (et ça m’arrange !) est et sera toujours succulent, varié et copieux, préparé par les uns ou les autres, en improvisant à partir des « restes » du marché.
Après une mini sieste et avant de retourner aux champs en fin d'après-midi je profite de ce temps libre pour découvrir la beauté de l'île ou donner un coup de main à la fabrication du pain en participant à la mise en forme des pâtons.
La première partie de la semaine s’organisera ainsi, rythmée par l’arrivée ou le départ de WWOOFers, éco-volontaires, salariés, famille et amis (on sera jusqu’à 17 à table !) . Les travaux aux champs seront variés : après les indispensables récoltes on procédera au désherbage (le bio utilise des bras quand le conventionnel pulvérise de la chimie de synthèse), binage, traitement biologique (incorporation d'auxiliaires), bricolage, …
Ils sont beaux mes légumes !
Ayant exprimé à François mon intérêt de l’accompagner au marché, ce dernier m’y emmène dés le mercredi d’autant plus volontiers que l’été est là et que la clientèle commence à être nombreuse et un renfort nécessaire. Il est presque déjà 9h et nous voici sur la place du Bourg garant notre attelage à côté de la poissonnière et face aux terrasses des cafés. La remorque du marché de François a un charme certain qui n’a pas échappé au regard d’Haidee, peintre anglaise, qui chaque matin peint sur la place un morceau choisi (à l'instar du tracteur illustration de ce billet). Mais avant de jouer à la marchande, il faut monter l’étal puis mettre en place la «marchandise". Je passe la première matinée concentré à maîtriser le fonctionnement de la caisse et à mémoriser les différents produits proposés à la vente (pas de souci majeur sauf sur les nombreuses aromatiques que cultive François). Le tandem fonctionnant bien, j’y retournerai les deux jours suivants en prenant ces fois-là un plaisir certain à l’échange avec les clients.
Samedi, ma semaine s’achève déjà, je dois prendre le bac en début d’après-midi. Je passe la matinée à épauler Kirstin, l’éco-volontaire allemande de la ferme, dans la confection de confitures puis à aider Marie-Laure à préparer le feu du four à bois pour la fournée de 11h que j’aménerai fier comme un … boulanger au marché du Bourg en tricycle à assistance électrique, la classe ! C’est l’heure des adieux,  dans mon ciré jaune et sous un crachin typiquement breton je retraverse l’île qui est si vite devenue un peu la mienne en me remémorant les rencontres et expériences si riches de cette semaine de vacances hors du commun.
Kénavo!
Photo non libre de droits © Anne-Lore Mesnage
Tableau "le marché de François" réalisé le 13/7/2011par Haidee Jo Summers